
M. Ousmane Sonko, Président de l'Assemblée Nationale du Sénégal
la réforme constitutionnelle adoptée, bascule radicalement, le paysage politique sénégalais . L’Assemblée nationale a officiellement adopté, ce lundi 29 juin 2026, la proposition de loi n° 17/2026 portant révision de la Constitution, marquant un tournant décisif dans l’exercice du pouvoir. Cette manœuvre législative consacre une victoire stratégique majeure pour Ousmane Sonko et sa formation politique, le Pastef, engagés dans un bras de fer persistant contre le camp du président Diomaye Faye. Porté par six députés sous la houlette de Mohamed Ayib Salim Daffé, président du groupe parlementaire, le projet a franchi l’étape importante de la plénière. Cette journée du 29 juin 2026 restera gravée dans les annales comme l’un des moments les plus électriques de l’histoire parlementaire du pays, illustrant la polarisation extrême qui fragilise actuellement les institutions sénégalaises.
Législatif sous une haute tension
Si le vote final a été expéditif, les 129 députés présents n’ont pas échappé au chaos ambiant. La séance a été rythmée par des altercations virulentes, poussant une partie de l’opposition à boycotter le scrutin, préférant se retirer plutôt que de valider ce qu’elle perçoit comme un coup de force. Ce dénouement survient après un processus législatif entamé le 12 juin dernier avec la déclaration de recevabilité par le bureau de l’Assemblée. Les travaux en commission des lois, tenus les 24 et 25 juin, ont révélé une fracture irréconciliable : la majorité a méthodiquement rejeté les amendements du gouvernement, notamment ceux portés par le ministre de la Justice, Me Moussa Sarr, qui cherchait à autoriser le président de la République à diriger une formation politique, une prérogative désormais scellée par son interdiction formelle.

Réforme des structures de l’État
Le texte transforme en profondeur le Conseil constitutionnel, malgré des divergences persistantes entre la vision initiale de l’exécutif et la mouture finale adoptée. Surtout, la réforme instaure une stricte incompatibilité entre la fonction présidentielle et toute direction partisane, tout en musclant les prérogatives de l’Assemblée nationale, notamment ses capacités de contrôle et de création de commissions d’enquête. De surcroît, le législateur a pris soin d’encadrer les décisions de l’exécutif durant l’intermède sensible entre le scrutin présidentiel et la proclamation des résultats officiels, limitant ainsi les marges de manœuvre du chef de l’État en période de transition.
Désaccords sur la méthode utilisée
Au-delà du contenu, c’est la forme qui cristallise les tensions. La coalition Diomaye Président dénonce une méthode unilatérale, jugeant la démarche dépourvue du consensus nécessaire à une révision constitutionnelle. Le gouvernement, frustré par ce passage en force, plaidait pourtant pour une large concertation nationale, s’inscrivant dans la tradition des réformes antérieures. L’opposition, rejointe par la mouvance présidentielle, craint désormais que ce texte ne serve exclusivement à conforter les ambitions personnelles d’Ousmane Sonko, actuel président de l’Assemblée nationale. La défiance est totale ; chaque camp accuse l’autre d’instrumentaliser la loi fondamentale à des fins purement partisanes, plongeant le pays dans une incertitude politique profonde qui dépasse le simple cadre parlementaire.
Manifestations, contestations et horizon référendaire
La pression s’est également déplacée dans la rue. Dès les premières heures du jour, les militants de l’Alliance pour la République et d’autres alliés de l’opposition ont battu le pavé devant le Parlement, réclamant l’abandon du texte. La réponse des forces de l’ordre a été immédiate : usage de grenades lacrymogènes et interpellations massives pour disperser les manifestants. Face à cette situation explosive, le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye a d’ores et déjà annoncé son intention de soumettre cette réforme à un référendum populaire. Si cette décision vise à légitimer le texte, elle promet également de transformer les prochains mois en une campagne de haute intensité, où l’avenir constitutionnel du Sénégal se jouera directement dans les urnes.
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