Tensions à Conakry | film de l’extraction forcée de Toumba Diakité

Toumba Diakité, son extraction à suscité la tension à la prison de Conakry. Une opération des forces spéciales a remplacé la procédure judiciaire dans le pays. Le mardi 10 février, la Maison centrale de Conakry a été le théâtre d’une opération d’extraction qui s’écarte radicalement des procédures judiciaires ordinaires. Cette intervention, menée sous le sceau du secret, caractérisée par une brutalité manifeste, et dissimulée par des justifications hâtives, a plongé le pays dans un climat de vives tensions.

Toumba Diakité, figure d’une époque tourmentée

Le commandant Aboubacar Sidiki Toumba Diakité, ancien aide de camp du capitaine Moussa Dadis Camara durant la période de transition de 2009, était incarcéré depuis neuf ans. Durant cette longue période, il n’avait jamais causé de troubles significatifs au sein de l’administration pénitentiaire. Son extraction forcée de sa cellule par des éléments des forces spéciales guinéennes soulève de graves interrogations quant au respect des droits fondamentaux et des procédures légales.

La version officielle contestée

Dans un premier temps, les autorités ont évoqué une simple fouille de cellule à laquelle le commandant Toumba Diakité se serait opposé. Cependant, cette version a été rapidement contestée par les organisations de défense des droits de l’homme, qui la considèrent comme une tentative de masquer une décision extrajudiciaire. Le procureur général près la Cour d’appel, Fallou Doumbouya, ainsi que le gouvernement, ont publié un communiqué pour tenter de calmer les esprits, mais son contenu a été jugé peu convaincant par de nombreux observateurs.

Neuf années de détention sans incident

Selon les observateurs, le cas de Toumba Diakité n’a jamais été lié à une simple fouille. Durant ses neuf années de détention, l’officier n’a jamais posé de problèmes disciplinaires et ne s’est jamais plaint de ses conditions de détention. Son extraction, selon certains témoignages, ne relève ni d’une décision du parquet général, ni du ministère de la Justice, ni même de l’administration pénitentiaire. Certains officiers en service, souhaitant conserver l’anonymat pour des raisons de sécurité, évoquent un possible règlement de comptes interne, sans toutefois apporter de preuves tangibles.

Les prémices d’une opération préparée

Les proches du commandant Toumba Diakité rapportent que des menaces avaient été proférées à son encontre par des éléments des forces spéciales. Quelques jours avant l’opération, un militaire proche du président de la République s’était rendu à la Maison centrale, mandaté par sa hiérarchie, pour solliciter l’aide de Toumba Diakité sur une affaire sensible concernant le chef de l’État.

Un SMS précurseur et une escalade de tensions

Après cet échange, l’émissaire avait envoyé un SMS à un membre de la garde rapprochée, puis avait fait son propre compte rendu. À partir de ce moment, la situation a basculé. Les menaces se sont intensifiées. Un garde du président aurait clairement déclaré : « On va te sortir de ton confort ici et t’envoyer à Kassa, sur les îles de Loos. » Bien que Toumba Diakité n’ait pas pris ces menaces au sérieux au départ, les pressions se sont accrues. La décision était déjà prise.

 L’intervention avortée du 8 février

Le 6 février, Toumba Diakité avait demandé à ses proches de lancer l’alerte sur ce qui se tramait. Le dimanche 8 février, vers 15h20, une équipe lourdement armée des forces spéciales avait fait irruption dans la cour de la prison, sans aucun ordre écrit de transfert ni décision judiciaire. L’extraction de Toumba Diakité devant les autres détenus aurait pu provoquer un affrontement sanglant ou une évasion massive. Les forces s’étaient retirées vers 16h.

Un dispositif de sécurité renforcé

Le procureur général avait été alerté vers 23h. Les forces spéciales étaient revenues et étaient restées dans la cour jusqu’à 5h du matin, mais l’opération n’avait pu être menée à bien en raison de la menace de soulèvement des détenus. Toumba Diakité était logé dans une cellule construite par la Croix-Rouge pour le général Nouhou Thiam, située derrière la cale des mineurs, composée de deux pièces.

L’Assaut Final 

Le mardi 10 février, à 8h du matin, toutes les cales ont été fermées. Cette fois, l’objectif était clair : extraire Toumba Diakité coûte que coûte. Les forces spéciales, le BATA (Bataillon Autonome des Troupes Aéroportées), la gendarmerie étaient déployées en force : quatre pick-up 14-7, des lance-roquettes, des blindés. L’un de ces blindés, de couleur noire, portait l’inscription « Léopard ». Ce blindé appartenait à la garde rapprochée du président, et sa présence en première ligne signalait un message clair.

Maîtrise par la force et transfert

Les premiers éléments ont tenté d’extraire Toumba Diakité de sa cellule. Face à son refus, un premier accrochage a eu lieu, suivi d’un second. Des éléments du BATA sont arrivés en renfort et lui ont injecté une substance. Après avoir vomi, il a été maîtrisé, menotté, cagoulé, puis embarqué dans le blindé Léopard. Il a été conduit à Coyah. Des détenus qui tentaient d’escalader la clôture ont été abattus.

L’opération soulève des questions

L’extraction forcée de Toumba Diakité de la Maison centrale de Conakry suscite de nombreuses interrogations et alimente les spéculations. Les motivations réelles de cette opération, les raisons de la brutalité employée, et la destination actuelle de Toumba Diakité restent obscures.

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