Le néocolonialisme en Afrique | Un passé colonial persistant ? Le premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a réaffirmé avec force une conviction profonde : l’Afrique, malgré son accession formelle à l’indépendance, n’a jamais véritablement échappé aux mécanismes subtils et insidieux du colonialisme. Cette déclaration, loin d’être une simple figure de style, constitue une dénonciation acerbe des dynamiques contemporaines qui, selon lui, entravent la pleine souveraineté des pays africains et perpétuent une forme de domination indirecte. Son discours résonne comme un appel vibrant à une prise de conscience collective et à une action résolue pour affirmer l’autonomie stratégique du continent.
Dépendance monétaire et exploitation : les nouvelles chaînes
L’analyse de Sonko met au grand jour, les instruments de cette « néocolonisation ». Il cible nommément la dépendance monétaire, incarnée par le franc CFA, qui lie étroitement les économies africaines à la France et, par extension, à l’Union Européenne. Il dénonce également le fardeau de l’endettement, souvent assorti de conditions restrictives imposées par les institutions financières internationales, qui limitent la marge de manœuvre des États africains en matière de politique économique. L’exploitation des ressources naturelles, où les richesses du continent sont exportées à bas prix vers les pays industrialisés sans bénéficier pleinement aux populations locales, est un autre grief majeur. Ces mécanismes, selon Sonko, constituent une forme de colonisation insidieuse qui impose des choix économiques et politiques aux pays africains, malgré leur indépendance politique théorique.
Rompre avec les modèles exogènes
Face à ces défis, Ousmane Sonko appelle l’Afrique à s’affranchir des influences extérieures et à compter sur ses propres forces. Il remet en question la fiabilité des alliances traditionnelles, soulignant que ni les États-Unis, ni la Chine, ni la Russie, ni même les BRICS ne peuvent être considérés comme des partenaires inconditionnels. Son discours prône une autonomie stratégique fondée sur la coopération intra-africaine et sur la définition de priorités propres, en accord avec les besoins et les aspirations des populations africaines. Il invite à dépasser les rivalités internes et à construire une identité continentale forte, capable de défendre ses intérêts sur la scène internationale.
Héritages traumatiques et désaliénation
S’inspirant des travaux du penseur anticolonialiste Frantz Fanon, Sonko met en exergue les traumatismes persistants liés à la colonisation. Il dénonce la dévalorisation des langues africaines, la dépendance symbolique vis-à-vis des modèles occidentaux et la reproduction de schémas exogènes qui entravent le développement d’une identité africaine authentique. Il plaide pour une politique de « désaliénation », visant à libérer les esprits des complexes d’infériorité et à promouvoir la fierté des cultures africaines. Cette dimension culturelle et identitaire est essentielle, selon lui, pour construire une souveraineté durable et affirmer la place de l’Afrique dans le monde.
Rupture économique et souveraineté alimentaire
Dans sa déclaration de politique générale de décembre 2024, Sonko a promis une “rupture radicale” avec le modèle économique hérité de la colonisation. Il s’agit de mettre fin à l’exportation massive de matières premières brutes au profit des pays industrialisés et de développer une industrie locale capable de transformer ces ressources sur place, créant ainsi des emplois et de la valeur ajoutée. Il insiste sur la nécessité de garantir la souveraineté alimentaire, c’est-à-dire la capacité de l’Afrique à nourrir sa propre population sans dépendre des importations étrangères. « Nous devons bâtir une Afrique qui se nourrit de son propre sol et qui valorise ses propres richesses ». Cette vision ambitieuse nécessite une transformation profonde des structures économiques et sociales, ainsi qu’une volonté politique forte de s’affranchir des logiques néo-coloniales.
