L’année 2026 marque un tournant dans la lutte contre les grossesses précoces en milieu scolaire au Togo. Face à la persistance de ce problème social aux conséquences dévastatrices, l’ONG Aklala Batik, en partenariat avec la Maison des jeunes, lance un ambitieux projet de plaidoyer. Cette initiative, qui se veut un rempart contre l’impunité dont jouissent les auteurs de grossesses précoces et d’abus sexuels dans les établissements scolaires et centres de formation professionnelle. Le silence et la résignation ont trop longtemps permis à ce fléau de prospérer, laissant derrière lui des vies brisées et des rêves anéantis.
Un cadre légal inopérant face à la réalité du terrain
Le Togo dispose d’un arsenal juridique censé protéger les jeunes apprenantes. La loi portant protection des apprenants, notamment son article 19, prévoit des sanctions sévères (peines de prison et amendes) à l’encontre des individus reconnus coupables d’avoir mis enceinte une élève mineure. Des textes législatifs relatifs à la lutte contre les grossesses et mariages précoces complètent ce dispositif. Malgré cette apparente solidité juridique, la réalité sur le terrain est tout autre. Le nombre de grossesses en milieu scolaire reste alarmant. La Coopération allemande apporte son soutien financier à cette initiative de plaidoyer, qui se déploiera durant six mois dans les communes de la préfecture de Kloto, dans le sud-ouest du Togo. L’objectif est d’assurer l’application effective de la loi relative à la protection des apprenants.
Violences sexuelles : un mal profond
Malgré l’existence d’un cadre juridique comprenant le Code de l’enfant, le Code pénal et la loi de 2022 sur la protection des apprenants, ces violences persistent, entraînant des grossesses précoces, des abandons scolaires et, par conséquent, compromettant l’avenir de nombreuses jeunes filles. L’objectif ultime, fixé à l’horizon 2030, est de contribuer à la réduction de l’impunité et au renforcement de la protection des apprenantes. Cette ambition, bien que louable, semble presque hors de portée tant l’ampleur du problème est considérable et les obstacles nombreux.
Diverses organisations de la société civile et ONG, à l’instar de CREUSET TOGO, de la Coalition pour la fin du mariage des enfants et du CNT/EPT, mènent des campagnes de plaidoyer et de sensibilisation dans les établissements scolaires. Elles organisent des ateliers, des séances d’éducation sexuelle, mettent en place des clubs de pairs-éducateurs et des structures de veille scolaire, le tout dans le but de prévenir les grossesses précoces. Ces efforts, bien que nécessaires, ne suffisent pas à endiguer le fléau.
Responsabilité collective : un appel à la mobilisation générale
Les plaidoyers insistent sur la nécessité d’une responsabilité collective, impliquant les enseignants, les chefs d’établissements, les parents, les chefs traditionnels et les élèves eux-mêmes. L’amélioration de la transparence et de la redevabilité dans la gestion des cas signalés est essentielle pour encourager l’implication des parents et des communautés, et pour renforcer la confiance des victimes et des témoins dans les mécanismes de dénonciation.
L’ensemble des activités menées vise à renforcer les sanctions contre les auteurs de grossesses, à favoriser le maintien et la réintégration scolaires des jeunes filles concernées, et à promouvoir l’éducation sexuelle et reproductive, notamment en luttant contre les tabous et en favorisant l’autonomisation des filles. Cette approche globale, bien que prometteuse, se heurte à des résistances culturelles et sociales profondes, qui rendent la tâche particulièrement difficile.
La lutte contre les grossesses précoces en milieu scolaire au Togo est un combat de longue haleine, qui exige une mobilisation constante et une remise en question profonde des mentalités. Le chemin vers un avenir où les jeunes filles togolaises pourront s’épanouir pleinement, sans être freinées par le fardeau d’une grossesse non désirée, est encore long et incertain. L’échec n’est pas une option, mais le succès est loin d’être garanti.
