Lancement au Bénin du Festival International des Arts

Au Bénin, lancement du Festival International des Arts,  le rideau s’est levé, lourd et silencieux, sur la quatrième édition du Festival International des Arts du Bénin (FIFAB), un événement dont la promesse d’éclat résonne, paradoxalement, avec une amertume palpable. Lancé à Cotonou, capitale économique du Bénin, ce festival pluridisciplinaire, conçu comme un phare culturel, déploie ses ailes dans un contexte où l’espoir et la fragilité coexistent. La cérémonie d’ouverture, empreinte d’une solennité forcée, a marqué le début de douze jours dédiés à la célébration des arts, mais aussi à la douloureuse prise de conscience des défis auxquels le secteur culturel africain est confronté.

Un thème porteur d’espoirs fragiles

Placée sous le thème ambitieux des « Industries Culturelles et Créatives : levier de diversité culturelle, de coopération et de paix », cette édition résonne comme un appel vibrant, mais teinté de désillusion. La vision d’un écosystème artistique fédérateur, où les talents béninois et africains pourraient s’épanouir et prospérer, se heurte à la dure réalité des obstacles structurels et économiques qui entravent leur progression. L’espoir d’une coopération renforcée et d’une paix durable, véhiculé par la création artistique, semble, dans le contexte actuel, un vœu pieux, presque une complainte.

Une programmation riche

La programmation, méticuleusement élaborée, se veut un reflet de la richesse et de la diversité de la scène artistique béninoise et africaine. Des arts visuels à la musique, en passant par la danse, le cinéma, la mode, le théâtre et la littérature, chaque discipline est représentée, offrant un panorama complet de la créativité locale. Cependant, cette profusion d’expressions artistiques ne parvient pas à masquer le sentiment persistant d’un potentiel inexploité, d’une flamme étouffée par le manque de moyens et de reconnaissance.

Ulrich Adjovi  un visionnaire face à la réalité

Ulrich Adjovi, l’initiateur du festival, porte sur ses épaules le poids de cette ambition démesurée. Sa vision, celle d’un carrefour d’opportunités où les artistes pourraient non seulement exposer leur talent, mais aussi structurer de véritables filières économiques, se confronte à la complexité du terrain. Son engagement, indéniable, se traduit par la mise en place de masterclasses, d’un marché Tokp’Art et de rencontres professionnelles, autant d’initiatives louables qui peinent toutefois à masquer l’ampleur du chemin à parcourir. La volonté affichée de mettre l’accent sur la mode et la musique, perçues comme des leviers de développement économique, se heurte à la précarité des acteurs de ces secteurs, souvent contraints de lutter pour leur survie.

L’Étendue géographique un symbole d’une volonté tenace

Le festival, initialement concentré à Cotonou, s’étend désormais à plusieurs villes du pays, notamment Ouidah, Porto-Novo, Parakou et Abomey. Cette volonté de décentralisation, louable en soi, souligne la détermination des organisateurs à irriguer l’ensemble du territoire béninois avec la flamme de la culture. Cependant, cette dispersion géographique ne risque-t-elle pas de diluer l’impact de l’événement, de le transformer en une succession de manifestations isolées, privées de la synergie nécessaire à leur rayonnement ?

Un écho lointain

Au-delà des festivités et des célébrations, le FIFAB révèle une réalité plus sombre, celle d’un secteur culturel en quête de reconnaissance et de moyens. La quatrième édition, malgré ses ambitions affichées, laisse un goût amer, celui d’une promesse non tenue, d’un espoir fragile, d’une mélodie triste jouée sur un instrument désaccordé. L’avenir du festival, et plus largement celui des industries culturelles et créatives au Bénin, dépendra de la capacité des acteurs à transformer ce rêve en réalité, à surmonter les obstacles et à faire entendre leur voix, forte et claire, au-delà des frontières.

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