Cameroun | Opération de réintégration des combattants de Boko Haram

Les combattants de Boko Haram bénéficie d’une réintégration. Un Programme ambitieux émerge dans l’ombre de la terreur. Depuis plusieurs années, le Cameroun déploie un programme national de Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR) dans la région de l’Extrême-Nord, une zone profondément impactée par les exactions du groupe terroriste Boko Haram. Cette initiative gouvernementale, complexe et délicate, vise à offrir une alternative à ceux qui ont choisi ou ont été contraints de rejoindre les rangs de cette organisation meurtrière. L’objectif ultime est de réinsérer ces individus dans la société, de panser les plaies du conflit et de rétablir une paix durable dans une région déchirée par la violence.

Plus de cinq mille âmes : un bilan chiffré et controversé

Les autorités camerounaises affirment avoir réintégré plus de 5 000 ex-combattants de Boko Haram depuis le début de l’année 2024. Ce chiffre, bien que significatif, suscite des interrogations quant à la méthodologie de comptabilisation, à la pérennité de cette réintégration et à l’impact réel sur la sécurité régionale. Les études de référence sur la politique nationale de DDR insistent sur le manque de données consolidées et publiques concernant le nombre total de personnes effectivement réinsérées dans les communautés, jetant ainsi une ombre sur la transparence et l’efficacité du programme.

Méri : un centre, un espoir, des incertitudes

En décembre 2024, une première vague de réintégration a concerné environ 708 anciens associés de Boko Haram, incluant des hommes, des femmes et des enfants, sortis du centre DDR de Méri après six années de prise en charge. Cette libération massive a mis en lumière les défis considérables auxquels sont confrontés les acteurs du programme, notamment en termes d’accompagnement psychosocial, de formation professionnelle et de suivi post-réintégration. Le centre de Méri, véritable microcosme de la complexité du conflit, incarne à la fois l’espoir d’une seconde chance et les incertitudes d’un avenir fragile.

Volontariat et regret ,les dilemmes de la réinsertion. Selon Oumar Bichair, responsable du centre DDR de l’Extrême-Nord, le dispositif repose sur le principe du volontariat. Les combattants désireux de déposer les armes sont encouragés à se présenter d’eux-mêmes au centre afin d’entamer un processus de réinsertion sociale et économique. La majorité d’entre eux exprimeraient des regrets pour leurs actes passés, certains affirmant avoir été enrôlés de force par l’organisation terroriste dans le but d’augmenter les exactions. Cette ambivalence entre la volonté de se repentir et la contrainte subie pose un dilemme éthique et pratique quant à la nature de la réinsertion.

Au-delà du Centre : L’appui aux communautés hôtes

Le programme DDR intègre également un volet d’appui direct aux communautés hôtes. Des initiatives telles que la réalisation de forages d’eau dans des localités comme Meri, Mémé, Mora et Kolofata visent à améliorer les conditions de vie des habitants et à renforcer leur résilience face au retour des ex-combattants. Cet effort de solidarité est essentiel pour restaurer la confiance et favoriser la cohésion sociale dans les zones affectées. Réduire les risques de récidive, restaurer la cohésion sociale : Un Défi de Longue haleine l’objectif ultime du programme DDR est de réduire les risques de récidive et de restaurer la cohésion sociale dans les zones affectées par le conflit. Pour atteindre cet objectif ambitieux, il est impératif de renforcer l’encadrement psychosocial des ex-combattants, de leur offrir des formations professionnelles adaptées aux besoins du marché du travail, et de les accompagner dans la création de leurs propres activités génératrices de revenus. Selon des analystes de la sécurité, il importe également de mener de sensibilisation des populations locales aux enjeux de la réintégration et de promouvoir le dialogue intercommunautaire.

Malgré les efforts déployés par le gouvernement camerounais et ses partenaires, la menace de Boko Haram demeure une réalité préoccupante dans la région de l’Extrême-Nord. Des attaques sporadiques contre des populations civiles, des enlèvements et des actes de sabotage continuent de semer la terreur et de compromettre les efforts de développement. Tant que cette menace ne sera pas définitivement éradiquée, la réintégration des ex-combattants restera un processus fragile et incertain.

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