Cameroun | l’Extrême-Nord | 89 milliards contre le désespoir

Le Cameroun, une région marquée par des défis socio-économiques persistants et un sentiment de délaissement palpable. Face à cette réalité poignante, une lueur d’espoir, fragile et incertaine, émerge à travers l’annonce d’un investissement massif de plus de 89 milliards de francs CFA, soit 160,63 millions de dollars américains. Ce financement, fruit d’un partenariat entre le gouvernement camerounais et la Banque Africaine de Développement (BAD), se veut une réponse directe à la précarité qui frappe de plein fouet la jeunesse et les femmes de cette région isolée.

Un projet ambitieux : CAP2E, rempart contre l’oubli

Baptisé « Bâtir les capacités et les compétences pour l’entrepreneuriat et l’employabilité des jeunes et des femmes de l’Extrême-Nord » (CAP2E), ce projet est porteur d’une ambition immense : transformer le désespoir en opportunités, la stagnation en progrès. Le Programme Spécial de Reconstruction et de Développement de la Région de l’Extrême-Nord (PSDREN) aura la lourde tâche de piloter cette initiative sur une période de cinq ans, s’étendant de 2025 à 2029. La complexité de la mission et les défis logistiques inhérents à la région laissent planer un doute quant à la capacité du projet à atteindre pleinement ses objectifs.

Maroua, théâtre d’un lancement sous le signe de l’Inquiétude

La ville de Maroua, chef-lieu de la région, a été le théâtre du lancement officiel du projet CAP2E. Une série de formations de quatre jours, destinées aux parties prenantes, a marqué le coup d’envoi de cette initiative cruciale. Une mission de la BAD est actuellement sur le terrain, s’efforçant de préparer le démarrage effectif des activités. L’atmosphère est lourde d’attentes, mais aussi de craintes. Les populations locales, souvent désabusées par des promesses non tenues, observent avec prudence les premiers pas du projet.

Financement axé sur les résultats : un pari risqué

Le programme CAP2E repose sur un principe novateur : le financement axé sur les résultats. Présenté comme une première en Afrique centrale, ce modèle conditionne le déblocage des fonds à l’atteinte d’objectifs précis en matière de formation et d’insertion professionnelle. Cette approche, bien qu’innovante, suscite des interrogations. La région de l’Extrême-Nord est confrontée à des défis multiples et complexes, tels que l’insécurité persistante, le manque d’infrastructures et le faible niveau d’éducation. Dans ce contexte difficile, la mise en œuvre du financement axé sur les résultats pourrait s’avérer périlleuse.

6.000 jeunes qualifiés, 5.000 emplois : Un objectif difficile ?

Le projet CAP2E ambitionne de qualifier et d’insérer 6.000 jeunes dans des filières de formation technique et professionnelle, et de générer au moins 5.000 emplois décents, dont 40% au bénéfice des femmes. Ces chiffres, bien qu’encourageants, semblent disproportionnés par rapport à la réalité du terrain. Le tissu économique de l’Extrême-Nord est fragile et peu diversifié, ce qui limite les perspectives d’emploi pour les jeunes diplômés. De plus, les femmes de la région sont souvent confrontées à des obstacles culturels et sociaux qui entravent leur accès à la formation et à l’emploi.

Infrastructures : un investissement nécessaire, mais Suffisant ?

Le projet prévoit la construction ou la réhabilitation de 22 centres de formation technique et professionnelle et de 29 infrastructures sociales de base. Ces investissements sont essentiels pour améliorer l’accès à l’éducation et aux services de base dans la région. Cependant, la simple construction d’infrastructures ne suffit pas à garantir le succès du projet. Il est impératif de veiller à la qualité de la formation dispensée dans les centres, ainsi qu’à la pertinence des infrastructures sociales par rapport aux besoins des populations locales.

Soutien aux PME et aux porteurs de projets

Le CAP2E prévoit également la mise en place de mécanismes financiers adaptés pour accompagner plus de 500 petites et moyennes entreprises et près de 900 porteurs de projets. Ce volet du projet est crucial pour stimuler la création d’emplois et favoriser le développement économique de la région. Cependant, il est essentiel de veiller à ce que les mécanismes financiers soient accessibles aux populations les plus vulnérables, et à ce que l’accompagnement proposé soit adapté aux spécificités des entreprises locales.

L’ombre plane sur l’Extrême-Nord, mais l’espoir demeure. Le projet CAP2E représente une opportunité, peut-être la dernière, de briser le cycle de la pauvreté et du désespoir qui étouffe la région. Il reste à voir si les acteurs impliqués sauront relever les défis et transformer les promesses en réalités tangibles. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *